Dix pistes pour dresser sa créativité, la 8 ème ne va pas du tout vous étonner.

Cher blournal,

Jai mis du temps à t’écrire parce que j’étais morte de trouille. A chaque fois que j’avais une idée de sujet, je me demandais : « Est-ce vraiment indispensable au monde ? ». Et puis j’ai réalisé que si je me disais ça à chaque fois que je devais écrire un truc pour la radio ou la télé… Tout simplement je ne ferais plus rien, je ne gagnerais plus ma vie et il faudrait que je retourne vivre chez ma mère.

Du coup j’ai décidé d’aborder un sujet que je connais bien pour être obligée de faire avec tous les jours : la créativité.

Pendant longtemps, cette créativité, je l’ai très mal comprise. Je me sentais tributaire d’une force magique qui allait me donner une idée de temps en temps et cela me faisait me sentir très vulnérable vis à vis de mes impératifs professionnels. Mais un jour, face à une grosse surcharge de travail, j’ai du me mettre à penser autrement pour gagner en productivité les jours où mon cerveau me disait « Christine t’es bien sympa, je t’aime beaucoup, mais là j’ai plus d’idées, je crains qu’il ne faille repenser ton avenir, je suggère un BTS Tourisme ou pourquoi pas une licence de philo mais moi je démissionne du domaine de la blague, c’est trop. Allez salut ! ».

Dans ces moments là, où trouver de l’inspiration quand même ? C’est ce que je cherche à élucider, voici ici mes premières hypothèses.

Tout ce que je vais vous dire est né de mon expérience et de mes lectures, j’y trouve personnellement des outils. Cela n’engage que moi mais, à la fois, j’ai très envie d’en discuter avec vous… Du coup je trouvais ça plutôt chouette comme premier sujet pour ce blounarl.

Tout d’abord pourquoi ce mot « dressage », tout simplement parce que je vois vraiment la créativité comme un animal sauvage dont il suffit de comprendre le fonctionnement pour en obtenir ce que l’on veut. (Petite précision : dans la vraie vie je suis contre le dressage des animaux sauvages et je peux vous dire que la comparaison me coûte. Mais je n’en voyais pas d’autres ;))

J’ai lu bien évidement le fabuleux ouvrage d’Elizabeth Gilbert (« Comme par m454333agie ») qui, elle, voit la créativité comme une muse ou un petit lutin qui va et qui vient. Et bien moi je pense que ce petit lutin on peut le capturer, le mettre dans une cage et obtenir de lui bien plus qu’on ne le croit. Par contre, entendons nous bien sur le fait que ce petit lutin n’existe pas. Si je ne veux pas faire de mal aux animaux, je ne veux bien sur pas faire de mal aux lutins, c’est une métaphore pour dire que la créativité peut bien plus se maîtriser que ce que l’on ne pense. Encore une fois : je ne crois pas que la créativité soit une chose magique que la chance attribue aux uns et pas aux autres.

 

1) Morceler le travail

Cela peut paraître complètement idiot comme conseil mais c’est une notion que j’ai mis du temps à intégrer et qui a changé ma vie d’auteur. Avant d’être humoriste, j’étais journaliste en presse locale. C’est un métier où l’on va vite : interview à 11h, papier écrit à 18h et publié le lendemain. Je n’avais pas le temps de mûrir mes sujets, de laisser du temps passer dessus.

Quand j’ai commencé à écrire des sketchs et des chroniques, j’ai gardé sans réfléchir cette habitude de « faire en une fois ». Et si un texte était à rendre le mardi, j’y passais mon lundi (Parfois même juste mon lundi soir) souvent stressée, à cours d’idées et me persuadant que « Non mais moi tu comprends, je ne suis efficace que quand je fais les trucs à la dernière minute ».

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J’entends que d’être pressée peut provoquer une adrénaline salvatrice parfois, née d’une sorte d’instinct de survie artistique, mais il ne peut pas être un mode de vie sain pour qui doit fournir beaucoup de travail tous les jours.

Quand vous faites les choses en une fois, par définition vous n’offrez pas à votre cerveau la possibilité de vous fournir un recul. Recul qui vous permettrait pourtant d’avoir un précieux regard neuf sur votre propre travail. D’un jour à l’autre vous n’êtes pas tout à fait la même personne et une chose crée avec l’énergie du lundi pourra être sublimée par l’énergie et l’inspiration du mercredi puis du jeudi. Se dire « Je fais ça en une soirée, une séance de travail, un après-midi… » c’est se priver des connexions que pourra vous offrir un cerveau qui a dormi sur son travail, qui a digéré ce qui a déjà été fait.

Mon cauchemars à Europe 1, c’est quand on me change de sujet de chronique la veille pour le lendemain. Je pense pouvoir affirmer qu’il s’agit là de mes pires textes, tout ce que j’ai à proposer n’est alors qu’une V1 sans relief et sans surprise. Des premiers jets qui n’auraient demandé qu’à mûrir un peu plus pour offrir un résultat beaucoup plus efficace.

De surcroît, quand on décide de faire les choses en plusieurs fois, on est beaucoup moins dur avec soit-même. On se dit « C’est pas grave si aujourd’hui je suis à côté de la plaque, il me reste encore demain et après demain pour y travailler… » alors on lâche prise, on se met moins de pression et, paradoxalement, on gagne en efficacité.

 

2) Ingérer de la matière première

Encore une fois ça peut paraître très bête comme conseil mais je le donne car moi-même il m’arrive d’oublier que rien ne s’invente mais que tout se transforme.

Chaque création est la production d’un vécu. Sortent de nous des textes, des peintures, des concepts, des idées… Qui sont les fruits de ce dont on s’est nourrit les jours, les semaines ou les années passées. Et la culture, c’est comme la diététique : si on avale n’importe quoi, on se crée des carences qui entraînent une fatigue. De la même façon, on fatiguera notre créativité si on ne lui donne rien de nutritif.

On va parfois parler « d’influences » lorsqu’il s’agit d’un art qui a nourri le notre mais une relation amoureuse, un accident, une conversation anodine font aussi partie de ce que l’inconscient ingère pour nous aider ensuite à créer. Et il ne faut pas que du drôle pour créer du drôle ou du musical pour créer du musical. Car les ingrédients une fois ingérés sont transformés de façon complètement aléatoires et ne resteront pas forcément dans les domaines où nous les avons trouvés.

Avant, je pensais que je pouvais maîtriser ce processus de transformation. Alors je dévorais à la pelle des spectacles ou des chroniques de gens que j’admire et me disais « Voilà, c’est par là que je veux aller, essayons de faire du ça mais en Christine ». J’ai compris il y a quelque temps que ce n’est pas vraiment comme cela que ça se passe.

xvmc0167212-19a9-11e5-8467-f08c778c772f-805x453Une idée créative est comme les rêves que nous faisons la nuit : c’est le résultat aléatoire de l’inconscient. Ce résultat bien sur sera sublimé par le savoir faire et l’expérience mais à la base on a pas choisi l’idée, techniquement c’est l’idée qui est née d’éléments qu’on avait engrangés dans un coin de notre tête motivée par l’énergie du moment. Ainsi certains diront qu’ils créent mieux quand ils sont au désespoir, d’autres quand ils sont heureux, je dirais qu’on ne crée tout simplement pas la même chose.

Du coup mon conseil ici, c’est d’engranger un maximum de choses dans son cerveau afin de lui offrir un maximum de possibilités pour plus tard. Un jour on peut se dire « J’ai regardé ce film, il était nul, ça m’a servi à rien » mais en fait on ne sait pas du tout ce que le cerveau en a retenu et nous ne sommes jamais à l’abri qu’un ingrédient utile pour plus tard n’ait pas été ingéré.

Le processus de transformation est très complexe et heureusement sinon on ne parlerait pas ici de création mais de la copie. Ce qui sort de nous doit être un résultat unique et original, sinon on ferait tous la même chose. Le truc c’est juste qu’il faut admettre qu’on ne fait rien sans rien et que l’inconscient créatif a besoin de matériaux pour vous proposer son œuvre à lui. Et ne pas s’ouvrir au monde est la pire des erreurs pour qui veut créer le sien.

 

3) Aller voir ailleurs si on y est

C’est un conseil qui va de pair avec le précédent. Régulièrement j’essaye d’ingérer quelque chose que mes goûts n’auraient d’ordinaire pas du tout choisi : un article sur la bourse, une expo d’art contemporain, un livre oublié au fond du Relay de la Gare Montparnasse. Je sélectionne un podcast sur Itunes en fermant les yeux, je demande au vendeur de la Fnac de me conseiller ce qu’il veut. Et j’appelle vraiment ça « Aller voir ailleurs si j’y suis ». Parce que peut-être que dans des endroits ou des oeuvres auxquels je ne pense pas spontanément, il peut se trouver des fragments de culture dont ma créativité pourrait avoir besoin un jour.

Si je n’écoutais que mes goûts, je tournerais en rond, ma vie culturelle ne serait pas très diversifiée. Et sans nouveauté…. Pas de connexions nouvelles. il_fullxfull-391683806_fj2y
Fatalement je me dirigerais toujours vers les mêmes choses et ce serait contre-productif. En ouvrant des portes à l’opposé de ce qui m’intéresse en temps normal, je fais rentrer dans ma tête du frais, du désordre, du chaos. Et c’est dans ce chaos que naîtront de quoi me surprendre moi-même.

Le coach américain Anthony Robbins en a fait un de ses principaux conseils pour qui cherche des solutions à ses problèmes : le cerveau fait avec ce qu’on lui propose, il cherche des solutions dans ce qu’il connaît déjà. Plus vous offrez à votre cerveau de matières, de possibilités, d’univers… Plus il sera en mesure le jour venu de vous concocter une solution bien à lui et donc bien à vous. Cela marche quand on cherche à créer des solutions et ça marche quand on cherche à créer tout court.

 

4) S’alléger des contraintes

Je vais peut-être arrêter d’écrire « ça peut paraître bête mais… » à chaque début de paragraphe, c’est juste que j’ai le sentiment que chacun de mes pavés peut paraître isolément idiot. Et pourtant, il s’agit là de notions que j’ai pour ma part eu du mal à intégrer, j’aurais bien aimé qu’on m’en parle quand j’ai commencé à écrire. Par exemple : j’ai pris conscience il y a peu de l’énergie galvanisante que suscitait la corvée faite. Poster une lettre à EDF, aller faire vacciner le chat, trier ses papiers… o-washing-dishes-vintage-facebookMe sentir allégée d’une de ces contraintes va produire une joie très saine qui est, je l’ai remarquée pour ma part, très propice à la création.

Et si en revenant du dentiste ou du jardin que je viens de désherber je pense à une de mes chroniques en cours, spontanément mon cerveau va me proposer plus de pistes comiques qu’à la normale. Est-ce parce que fière d’avoir fait quelque chose j’ai davantage confiance en moi ? Est-ce l’inconscient qui a mis en place un système de « récompense » pour que je ne mène pas une vie de dépravation à force d’éviter toutes ces corvées qui me paraissent si désagréables ? Je ne sais pas. En fait je sais juste qu’à ce jour je dois beaucoup à « l’énergie de la corvée faite ».

 

5) Toujours se trouver dans un processus de compréhension personnelle

On traîne tous, avec plus ou moins de gravité, des bagages dont on se passerait bien. Et ces bagages créent des croyances lesquelles influent sur nos décisions sans que l’on s’en rende toujours compte : le choix de notre partenaire, de notre métier, de nos amis, de nos valeurs, de nos loisirs.

Avec ma meilleure amie, c’est notre jeu préféré depuis le lycée : essayer de comprendre pourquoi ce comportement et pas un autre, si les décisions que l’on prend sont vraiment les plus judicieuses. On analyse les tenants et les aboutissants et, connaissant nos histoires respectives, on fait des rapprochements avec des choses passées. Ce sont des heures et des heures passées à essayer de percer les mystères de nos automatismes, heures auxquelles se sont greffés les conférences de Michel Onfray, les livres de Jung, Lacan et quelques inévitables séances de psys.

Cette analyse m’a permis de savoir de quoi j’étais faite et aujourd’hui cela me permets d’être lucide quant au pourquoi de certains de mes comportements.

On connaît tous le « Connais toi toi même » de Socrate, et bien je dirais que créer sans se connaître équivaut à conduire une fusée sans même avoir le permis B. La pensée est un bolide : elle va vite, dans tous les sens, elle peut nous mener où on veut. Mais si on ne sait pas à quoi correspond telle ou telle manette ni comment lire notre GPS, cela peut être contre-productif et dangereux.

Je repense à mes débuts : j’étais tellement peu sure de moi que je ne plaçais pas mes priorités artistiques au bon endroit, je ne savais même pas ce que je voulais dire. Evidemment, cela avait des répercussions sur ma créativité qui ne comprenait pas du tout ce que je lui demandais.

Forcément, étant un être humain, je résous des choses mais je fabrique régulièrement de nouvelles failles et lacunes. rodin-le_penseur-strasbourgC’est ça aussi vivre. Alors avec ma meilleure amie, inlassablement on démêle la pelote : Que s’est-il passé ? Pourquoi j’y attache de l’importance ? Qu’est que j’en fais maintenant ? J’apaise ma colère et ma frustration en essayant de comprendre parce que sinon, inconsciemment j’essaierai d’évacuer ces sentiments négatifs, sans qu’ils aient été digérés ou mûris, dans mes chroniques ou mes sketchs. Et pas sûr que ça intéresse vraiment les spectateurs, auditeurs ou téléspectateur qui, eux, ne sont pas mes psychanalystes.

En revanche, si je parviens à comprendre et à prendre du recul, c’est autant de clarifié pour l’inconscient qui ne brouillera pas la créativité avec des non-dits / non-compris / non-digérés. Le trauma étant résolu, il n’est plus un filtre déformant mais bien un nutriment de plus, une inspiration, pour créer.

Bien sur, combien de chef d’oeuvres ne sont pas nés d’une colère sans recul comme Le « J’accuse » de Zola ou la période vache de Magritte ? Ou encore combien de chansons d’amour ne sont pas nées d’un affreux chagrin ?

Pour ma part, je trouve qu’il y a des sentiments à sublimer à travers la création et des sentiments à digérer avant la création. Et que le mieux pour savoir quoi faire avec quoi… C’est de se connaître soit même.

 

6) Se couper des écrans

On en a parlé plus haut : le cerveau fait avec les outils qu’on lui propose. Et le problème quand on a le nez constamment plongé dans les réseaux sociaux, c’est qu’on se met à dire à notre cerveau que la vie c’est ça : des échanges de morceaux d’instants avec des gens que l’on connaît (Ou pas d’ailleurs) et que l’on congratule par des « likes » ou des « retweets ». Du coup, le cerveau va intégrer que c’est avant tout « ça » le monde dans lequel il vit et se dit « Ha ok, c’est comme cela qu’il faut faire, très bien » et portera lui aussi son attention sur le partage d’instants, de moments, de photos de nos pieds au bord de piscines et de selfies à n’en plus finir. Il fera lui aussi dans l’éphémère et le paraître plutôt que de nous accompagner dans la création d’une œuvre plus grande ou plus en phase avec ce que nous sommes vraiment.

En vous parlant de ça j’ai l’impression d’être une droguée qui donne des leçons de sevrage. Mais tandis que j’écris ce blournal j’expérimente depuis quelques jours une chose complètement nouvelle pour moi : j’ai engagé quelqu’un pour gérer mes réseaux sociaux à ma place. snow-monkeyDepuis une petite semaine je ne vais plus ni sur Facebook ni sur Twitter et je pense que ce sera le sujet de mon prochain blournal.

Je n’ai pas eu le choix : mon smartphone me prenait toute ma concentration. Impossible de passer plus de 20 minutes sur un texte sans jeter un coup d’oeil à comment se portait mon dernier tweet ou si quelqu’un avait commenté ma dernière chronique. Je me sentais tout le temps interpellée, comme si un petit farfadet venait sans arrêt agiter des paillettes sous mes yeux pour m’empêcher de focaliser mon intention sur des choses vraiment importantes. Pour les fans de Superman, je dirais que le smartphone est la kryptonite de la créativité, vous voyez ce que je veux dire ? C’est un sacré combat que j’ai commencé à mener et j’espère tenir.

En ces premiers jours de détox, le bilan est plutôt positif. La preuve : j’ai écrit mon premier blournal !!!!

 

7 ) Canaliser le flux de pensées

Nous créons 60.000 pensées par jour ! Il transite presque autant au quotidien de choses dans notre tête que de passagers à la Gare de l’Est.

Certaines pensées restent et s’installent durablement, d’autres ne font que passer. Il y a en qui mériteraient de rester mais faute d’attention on les laisse s’échapper. Tandis que d’autres pensées nous collent aux basques des jours durant alors qu’on ne demanderait qu’une chose : qu’elles s’en aillent.

Quand j’ai commencé le yoga, j’étais très en colère contre moi-même de ne pas savoir faire « le vide ». Que ce soit en faisant le Lotus ou le Dieu du vent, il y avait toujours un détail de ma vie passée ou présente pour se faire le grain de sable de ma méditation. Et puis un jour ma prof de Yoga (Julie Platus) nous a expliqué que ces pensées ne venaient pas par hasard, qu’elles faisaient même partie de l’exercice. Selon elle, plutôt que de se dire « je voudrais m’en débarrasser elles dérangent ma méditation », il fallait se demander « Pourquoi cette pensée intervient pile au moment où j’ai demandé à mon cerveau de me laisser tranquille ? ».

L’année dernière j’ai eu un problème de mâchoire. Elle se bloquait violemment quand je m’y attendais le moins et ça faisait vraiment de ma vie un enfer. J’ai vu un médecin qui m’a dit qu’aller voir un dentiste qui m’a dit d’arrêter le chewing-gum. Mais ça a continué. J’ai vu un autre médecin qui m’a dit d’aller voir un autre dentiste qui lui a carrément voulu m’arracher une dent saine ce que j’ai refusé. A bout de solution, sans y croire je suis allée chez un ostéopathe et, pendant qu’il me manipulait la mâchoire je me suis mise à penser à quelqu’un de mon entourage qui n’a jamais été très tendre avec moi. Plus le praticien manipulait mes articulations, plus il me venait des souvenirs très précis de phrases qui m’avait blessée.

Ce soir là, j’ai écrit un mail à cette personne pour lui expliquer que certaines de ses attitudes me peinaient, sa réponse m’a confortée à la sortir de ma vie. De ce jour plus jamais ma mâchoire ne s’est bloquée.

De là j’ai compris deux choses : 1) Les pensées ne sont jamais anodines, elles sont le principal moyen pour l’inconscient de communiquer avec moi. Et mon inconscient est très fort pour choisir son moment pour intervenir : la méditation, le moment juste avant de s’endormir, le sport… 2) Tant que je ne prends pas le temps de dire à mon inconscient « Oui, j’ai bien compris que tu voulais me dire ça » il me radotera toujours la même chose et n’hésitera pas à employer la force (Ma mâchoire en a fait les frais).

Le soucis de ce flot inconscient ou conscient de pensées c’est qu’il parasite la créativité. En attirant sans cesse mon attention sur certaines choses, l’esprit m’empêche de m’élever vers du chouette, du différent, du frais. Du coup je mets en pratique une technique vieille comme le monde pour me débarrasser des pensées en trop : je les mets par écrit. J’ai le sentiment qu’en écrivant ce qui m’encombre la tête je dis à mon inconscient « J’ai bien compris que tu voulais attacher de l’importance à ça pour une raison que nous découvrirons, tu peux le sortir du flux de pensées car maintenant ça existe sur du papier ».ways-too
Et ça marche, la chose existe concrètement par écrit, je l’ai sorti de ma tête dans tous les sens du terme et c’est autant de place de gagner dans ma tête pour des choses saines et la créativité en fait partie.

Autre chose qui vole la place de la créativité dans notre tête : les choses à faire. Ce n’est pas un hasard si on parle beaucoup de « To do list », on vit dans une société à l’administration kafkaïenne où les obligations et les responsabilités à tenir sont omniprésentes. Jusqu’aux « must have » des magazines qui, vous vous rendez-compte, nous imposent des choses à posséder !

Et tant que la chose n’est pas faite ou résolue, elle rôde dans notre tête comme un petit vampire suceur d’énergie. J’ai parlé plus haut du bonheur de la chose faite, avant cela il y a le bonheur de la chose notée sur un bout de papier. On acte que c’est à faire ou à régler, plus besoin d’obliger l’esprit à s’en rappeler, c’est toujours ça d’espace de gagner pour la pensée créative.

 

8) S’y mettre

Peut-être que depuis le début de ce blournal vous vous dites : elle est bien sympa mais si elle arrive tant que ça à dresser sa créativité, alors pourquoi n’a-t-elle pas déjà publié dix best seller ?

C’est très simple : 90 % du temps, je n’arrive pas à m’y mettre. Face à la tâche, mon cerveau met en place un processus d’évitement par peur de ne pas savoir faire. Il m’est très difficile de commencer à écrire une chronique, à chaque fois je me dis que je ne vais pas avoir d’idées et que je vais passer un moment très désagréable à sonder l’immensité de mon manque d’inspiration.

Le premier point (Morceler le travail) m’aide beaucoup car je commence maintenant en me disant « Si je n’arrive pas aujourd’hui, j’arriverai demain ou après-demain. Allons-y doucement aujourd’hui ». Mais même si j’arrive à honorer mes obligations pour la radio ou la télé (Soyons honnête, par peur d’être virée tout simplement ;)), je suis incapable de me lancer dans une œuvre plus personnelle que personne ne m’a commandée. Constatez par vous même : il m’a fallu plus d’un mois pour me lancer dans l’écriture de ce blournal !

Et pourtant, quand je commence un texte, il faut en général moins d’une demie-heure avant que je n’y prenne un véritable plaisir. J’ai donc écrit sur une feuille que j’ai accrochée au dessus de mon bureau : « Dans une demie-heure tu seras super contente ». J’essaye de me rappeler que pour déclencher le processus créatif ce n’est pas d’un lutin ou d’une petite fée dont j’ai besoin mais bien d’un petit coup de pied au c**.

 

9) Mettre son cerveau en jachère

On dit d’une terre qu’elle est en jachère quand on la laisse tranquille une saison afin qu’elle puisse retrouver sa force et sa fertilité.

Ma jachère à moi, c’est deux semaines en août, ni plus ni moins. Du coup, j’ai du apprendre à instaurer dans mon quotidien de la jachère à l’heure ou à la journée. Et pour que mon cerveau arrive vraiment à se déconnecter de sa vie professionnelle, j’ai mis au point une technique qui marche plutôt bien sur moi.

Tout a commencé quand j’ai découvert Michel Onfray, son œuvre m’a fascinée tout de suite mais je préférais l’écouter plutôt que de le lire. J’ai téléchargé ses conférences (Plus de 1000 heures !!!) mais quand je les écoutais, j’étais distraite, j’avais besoin d’occuper mes mains et ce besoin m’empêchait d’être tout à ce qu’il disait. Je me suis mise alors à faire un puzzle que j’avais et tout à coup, à faire les deux, j’ai complètement anesthésié mon cerveau.

Pourquoi ? Mon cerveau gauche (Analytique) était tout à Michel Onfray. Mon cerveau droit (Instinctif et artistique) était tout au puzzle. img_3218Hémisphère gauche et émisphère droit étant occupés,  plus rien ne pouvait rentrer dans ma tête, il m’était impossible de penser au boulot ou à mes soucis divers et variés. De véritables vacances.

Je pense que joindre une activité manuelle à une activité intellectuelle est la clef pour qui veut « se foutre la paix ». Dès que je fais une activité manuelle (Ménage, vaisselle, jardinage, peinture…) j’écoute un podcast. C’est une vraie respiration pour le cerveau, j’ai le sentiment que pour lui c’est comme une sieste. Au début avec mon puzzle et mes conférences de Michel Onfray, j’avais l’impression de perdre du temps, de m’octroyer un loisir que je ne méritais pas au lieu de travailler. Et puis le temps m’a donné raison : le retour sur investissement de ces « breaks » est considérable. Comme la terre que l’on a mise en jachère, le cerveau retrouve sa fertilité. Alors faites vous plaisir : anesthésiez votre cerveau ! (Pour le faire vous avez aussi l’alcool mais sur le long terme je ne suis pas sûre que ce soit une solution)

 

10) Revoir son rapport à l’échec

J’ai grandi, comme beaucoup d’entre nous, dans le culte de la bonne note. La bonne note, ce résultat quantifiable qui permettait d’affirmer « Oui, j’ai réussi. Oui, c’est bien. Oui, je suis digne d’être félicitée ». Et puis comme métier j’ai choisi l’humour. Alors la bonne note, c’est devenu le rire des autres. Pas de rire signifiait un échec, une mauvaise note.

Pendant des années j’ai sacralisé tous mes échecs et leur ai attaché bien plus d’importance qu’à mes succès. Et j’entendais par « échec » que j’avais commis une faute. Comme au temps des mauvaises notes je me disais : je n’ai pas assez bien travaillé, je suis nulle, je n’ai pas été à la hauteur de ce que l’on attendait de moi. Et puis je me suis mise à écrire et à créer non pas avec l’envie de dire quelque chose ni de faire rire avec ce qui m’amuse moi mais bien avec la peur d’avoir une mauvaise note. Et alors là, tout simplement, j’ai arrêté de m’amuser et j’ai perdu… En créativité.

Donc voilà le deal que j’ai passé avec moi-même : je promets de faire toujours de mon mieux et, en échange, je me pardonne tous mes échecs.

Je fais vraiment de mon mieux : je consacre tous ce que j’ai de temps et d’énergie à mes échéances (Chronique, spectacle…). Je travaille jusqu’à ce que j’estime que le résultat me convient. Et si ça rate, si mon travail ne prend pas, CE N’EST PAS GRAVE, il est hors de question de se rendre malade. Bien sur je peux essayer de voir ce qui n’a pas été: j’ai parlé trop vite, cette phrase était trop alambiquée, c’était mal joué… Comme ça je note ou est ma marge de progression pour plus tard, j’apprends. Et plus je pensais réussir, plus l’échec est formateur. Mais je ne me flagelle plus parce que ça ne sert à rien d’autre qu’à se couper les ailes et à bloquer sa créativité pour la prochaine fois.

Libérons nous une bonne fois pour toute de cette culpabilité scolaire héritée de nos parents qui eux-même l’avaient hérité de leurs parents. Car pour citer mon amie Nadia Roz : « Créer ce n’est pas exécuter un triple lutz piqué sur la glace devant un jury olympique. Créer, c’est danser en boite ».

Je voulais aussi vous parler d’instinct, de la gestion de la critique et de la dictature du bonheur mais je remarque que je suis déjà à huit pages Word. Disons que c’est peut-être assez pour cette fois, merci infiniment de m’avoir lue. Pour vous remercier, une photo de Becky, toujours très à l’aise quand il s’agit de poser :

 

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6 réflexions sur “Dix pistes pour dresser sa créativité, la 8 ème ne va pas du tout vous étonner.

  1. On sent bien votre personnalité généreuse à travers ces mots à la fois simples, réfléchis et intelligents. Dans tous les domaines de nos vies, quels que soient nos métiers ou occupations respectives, nous nous confrontons à nos conditionnements, à la procrastination et au fait de tourner en rond dans notre bocal d’inconscient. Nous sous-estimons aussi considérablement le fait que les émotions négatives se logent dans nos tissus conjonctifs et produisent ces tensions. J’attends avec impatience de lire votre prochain post dans ce blog que je trouve inspirant, réconfortant, et très féminin.

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  2. Christine je t’aime. Merci pour cet article dans lequel je me retrouve à chaque instants. Je viens de le mettre en marque-page, espérant pouvoir appliquer chaque pistes, chaque jour à chaque moments. Arrivé à 30 ans, je commence tout juste à fixer une discipline créative, et cette chronique tombe à pic pour m’aider à densifier et à structurer un cadre qui soit propice à mon épanouissement. Les névroses dont tu parle et les solutions que tu préconises sont au coeur même des réflexions et des discussions que j’ai avec mon meilleure ami presque quotidiennement. Merci pour d’avoir commencé ce Blournal, ça valait la peine d’attendre.

    Bisou

    Laurent, ancien cadreur stagiaire, à l’époque de ta première émission télé 😉

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  3. Merci pour cette lecture créative qui me booste, je fais partie de ce monde de création puisque je créatif dans une agence de pub à Lille, je me suis retrouvé sur les 10 commandements… heu ! les 10 règles et j’en suis sûr qu’il y en a d’autres puisque que la créativité n’a pas de limite.., c’est vers l’infini et au-delà (ça me dit quelque chose!).
    Mon moment créatif je l’ai appelé « L’´ARRÊT CRÉATION » allusion à « LA RÉCRÉATION » un moment où on jouait dans la court et qu’on inventait des histoires et « L’ARRÊT » pour la notion de pause créative et le break tout court. Encore merci et je finirai par un grand classique parce que je le pense vraiment : « j’adore ce que vous faites ». Jalal

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  4. Je vous découvre…et quel plaisir à cette lecture ! Je cherche à développer mes pratiques nourrissant ma créativité et comme vous j’ai lu E. Gilbert, et bien avant Julia Cameron. Il reste à mettre en pratique :-), passer à l’action. Dans la durée.
    J’ai maintenant envie de découvrir l’humoriste, la chroniqueuse… A bientôt, ici ou en écoutant la radio.

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  5. J’en ai lu des conseils sur la créativité, sur l’échec, sur la création. En mettant ce lien dans les articles a lire plus tard, je mattendais à un énième discours classique. Mais une semaine plus tard, en mattachant enfin a le lire, je me rends compte que ce netait pas du tout ce a quoi je mattendais, et que cetait meme exactement ce dont javais besoin.
    Merci beaucoup pour cet article, il est vraiment intelligent !

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