Christine à la ferme (Des rescapés)

Cher blournal,

Je t’écris après plusieurs mois d’absence, j’en suis vraiment désolée mais, écrire est mon métier et il se trouve que ces derniers temps ont été chargés de commandes et d’échéances à honorer. Fournir des textes par nécessité coupait toute envie d’en fournir par plaisir et je t’ai négligé. Ou peut-être qu’inconsciemment j’attendais d’avoir quelque chose de vraiment important à te dire, ce qui est le cas aujourd’hui.

Image-7.pngComme tu le sais peut-être, je me suis engagée dans la cause animale il y a quelques années essuyant à tout va les « Il y a des causes plus importantes » des uns et des autres. Pendant longtemps j’ai répondu que toutes les causes étaient importantes, que choisir une cause c’était comme tomber amoureux, que chacun devait aller là où le vent l’appelle… Mais c’était beaucoup d’énergie à essayer de convaincre ceux qui ne seront jamais convaincus, plus occupés qu’ils sont à chercher la paille dans l’oeil du voisin qu’à se demander ce qu’ils pourraient faire eux-même pour rendre ce monde plus vivable. Alors maintenant je ne dis plus rien. Juste, je fais.

Mais voilà, il me semblait que je ne faisais pas assez. Et cette envie de faire plus a dû se matérialiser dans l’espace temps, sans le vouloir j’ai dû lancer une bouteille à la mer, puisqu’un beau jour, il y a quelques semaines très précisément, m’est venue l’opportunité de m’investir encore plus.

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Cette opportunité portait les traits de Patricia qui ce jour là dans un mail me décrit le désarroi de Verena et de sa fille Morlind, s’occupant à elles seules de six cents animaux sauvés de l’abattoir ou de l’euthanasie. Patricia voudrait que je devienne la marraine de cette « Ferme des rescapés », l’association qu’elles ont fondée, et ma première pensée est de me dire qu’elle pourrait trouver bien plus médiatisée que moi. Ma seconde pensée est plus égoïste : je vais dire « oui » parce que ce genre d’endroit est pour moi l’équivalent de Disneyland pour quelqu’un de normal. Mais dire « oui » dans le vide, comme ça, dans un mail Facebook, cela n’avait aucun sens. Alors avec mon amoureux, un beau samedi matin de mai, on a décidé de faire les six heures de route qui nous séparaient de Véréna, de Morlind et de leur six cents co-locataires pour une prise de contact nécessaire à une collaboration que je voulais vraiment solide. J’ai trop souvent été victime de paroles en l’air pour en fournir à mon tour.

Le Lot est un région magnifique (Non, je ne connaissais pas…). Aussitôt quitté l’autoroute, ce sont de petites routes sinueuses qui se glissent dans des reliefs tantôt ocres tantôt émeraudes, ici et là un village silencieux nous présente son collier de maisons d’un autre temps qu’avoisinent d’autres maisons plus récentes et dont certaines sont d’une beauté à se dire « Allez, je plaque tout et je viens habiter ici ».

La ferme se trouve en haut d’une vallée, ce sont les chevaux et les ânes que nous avons vus en premier et, plus nous nous enfoncions, plus nous voyions d’autres animaux, des chèvres, des moutons et…

– Ho un bézu !

– Un bézu ?

– Oui un bézu, regarde là bas, avec sa bosse !

– Non ma chérie c’est un zébu. Bézu c’est le monsieur qui chantait « À la queuleuleu ».

Ceci est un extrait d’une conversation que nous avons réellement eue alors pour info :

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Au bout du chemin de terre nous attendait un comité d’accueil : Ruby et Rufus, deux chiens qui nous ont tellement fait la fête que je me suis demandée si ils nous confondaient pas avec d’autres personnes. Mais en fait non, ce n’était que l’expression de ce bonheur à l’état brut, vous savez celui qui anime souvent les chiens. Ce bonheur qui n’a pas besoin de raison pour exister et dont j’aimerais être habitée moi aussi quelquefois.

Image-11.pngQuand Verena et Morlind se sont dirigées vers nous, j’ai eu envie de m’incliner, de les saluer comme si elles eussent été deux reines d’Angleterre. Combien d’animaux leur doivent la vie ? Où trouvent-elles la force d’en faire tant pour si peu en échange ? Pourquoi ne décerne-t-on jamais de légions d’honneurs à des gens comme elles ? (Je n’ai de réponse pour aucune de ces questions).

A l’ombre d’un arbre, entourées d’une meute de chiens aimants et de quelques chats un peu condescendants (Parce que c’est leur nature de chat), elles nous ont raconté leur histoire. Comment il y a 18 ans elles sont arrivées d’Allemagne et comment elles ont été choquées par le peu de respect et de considération avec lesquels étaient traités les êtres vivants non humains en campagne. Comment elles ont décidé d’aider quelques animaux, puis de plus en plus…

Image-7-3.pngEn 2009, pour pouvoir parvenir au besoin de tous leurs protégés, il a fallu créer une association et aujourd’hui le nombre d’animaux ne cesse de croitre et le gros problème, évidement, c’est que les finances ne suivent pas. Toutes leurs journées sont consacrées aux chevaux, aux chiens, aux chèvres… Jamais elles ne prennent de temps pour elles, encore moins de vacances. Moi qui pensais « agir » en faveur des animaux, je réalise que finalement je ne fais pas grand chose et face à l’abnégation qu’incarne Verena et Morlind, je me sens bien petite.

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Croyant être positive je leur parle de l’évolution des mœurs, les gens ne sont-ils pas de plus en plus concernés par la cause animale ? Les choses ne vont-elles pas dans le bon sens ? Verena et Morlind ne voient alors pas du tout à quoi je fais allusion tant tous les jours elles sont témoins des pires horreurs : ce sont des chatons que l’on noie dans des lacs ; des chiens de chasse en fin de carrière que l’on abat au fusil ; des chevaux que l’on monte pendant 10 ans puis qu’on choisit d’emmener à l’abattoir car on va en acheter un autre plus robuste ou plus beau ; des agriculteurs poussés à bout par un système qui les pille qui, un jour, décident de ne plus se lever et laissent mourir de faim leur cheptel ; des chèvres à la patte cassée que l’on va choisir d’abattre plutôt que de soigner ; des renards agonisant dans des pièges ; des chats que l’on torture par plaisir… Et tout cela est complètement passé sous silence, pas du tout médiatisé, normal.

Image-9.pngLa souffrance animale n’a pas seulement lieu devant les caméras de la L214 ou dans les arènes des corridas, c’est toujours et tout le temps. Tous ces animaux, cela leur fait une belle jambe que deux fois par an j’aille manifester ou que je tweete mon véganisme à tout va. Victor Hugo disait « L’enfer n’existe pas pour les animaux, ils y sont déjà », c’est vrai. On parle bien ici d’un véritable calvaire dont nous sommes seuls responsables. Il faudrait des Verena et des Morlind en quantité pour changer les choses, il en faudrait dans les écoles pour sensibiliser les enfants, au sénat pour sensibiliser les adultes. Parce que cette violence, ce « je m’en foutisme », n’en dit pas seulement long sur notre rapport à l’animal. Il en dit long sur notre manque d’empathie. Car pour citer un autre grand auteur, Lamartine : « On a pas deux cœurs, un pour les hommes et un pour les animaux. On a un cœur ou on en a pas ».

Après ce triste constat, Morlind nous propose ce que je n’osais espérer : une visite de la ferme ! Ce serait bien long de vous raconter en détails toutes les rencontres que nous avons faites lors des deux heures qui ont suivies. Chaque animal est une personnalité à part entière, un coup de cœur, et chacun d’entre eux avait un calvaire à raconter.

Image-6-2.pngOn a failli en ramener trois chez nous mais un cochon ne serait pas heureux dans notre salon. Ceux qui m’ont le plus touchée était ceux qui voulaient m’approcher mais qui au dernier moment changeaient d’avis de peur que je leur fasse du mal. Il y avait notamment ce poney, maltraité par son ancien propriétaire, qui toujours était à un mètre de moi, il me suivait partout, mais dès que je voulais le caresser alors il partait en courant comme si je lui avais dit un truc super vexant. Oui mais il revenait au bout de quelques minutes, curieux, intrigué par ma présence, et recherchant malgré tout le contact humain tout traumatisé qu’il pouvait être. En fait j’étais sa thérapie cognitive.

A regarder Morlind évoluer dans ses troupeaux comme une Manon des Sources du sud ouest, je n’arrivais pas à savoir si j’étais jalouse d’elle ou triste pour elle. Jalouse car passer sa vie entourée d’animaux cela doit-être fabuleux et triste car, du haut de ses 24 ans, je ne suis pas sûre que sa jeunesse soit aussi insouciante qu’elle ne devrait être.

A son âge je rêvais de voyage et d’aventures en pagaille, à quoi peut-on rêver quand on sait que la vie de six cents animaux dépend de nous ? Et que d’autres vont encore arriver, que ce ne sera jamais fini…

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Sur le chemin du retour j’ai longuement pensé à ce que je pourrais faire pour elles. Ce blournal est un timide début. Et nous nous sommes dit, avec ma meilleure amie qui se trouve être également la personne qui crée mes affiches et s’occupe de mes réseaux sociaux, que peut-être on pourrait leur animer un compte Instagram à la « Ferme des rescapés » et essayer de fédérer autour d’eux une communauté fidèle et encourageante.

Alors nous l’avons crée et le voici : Instagram de la Ferme des Rescapés

Image-7-3.pngNous avons aussi pensé à créer un système de parrainage pour que les gens puissent soutenir financièrement un animal sans avoir à le recueillir chez eux (Surtout si c’est un cheval ou un zébu), Verena et Morlind ont alors pu trouver deux bénévoles pour mettre en place ce système. C’est donc en cours et très bientôt vous pourrez aider à distance un animal de votre choix.

Tout cela est encore très embryonnaire mais j’étais heureuse de t’en parler cher blournal. Et si tu souhaites déjà aider « La ferme des rescapés » avec un mot gentil ou quelques sous… Et bien tu peux déjà le faire ici : Site de la Ferme des Rescapés

Et si vous habitez dans la région et que vous voulez adopter un animal, sachez qu’il faut compter des frais d’adoption mais qu’en échange ils sont tous stérilisés, vaccinés et bien élevés.

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Je vous parlais plus haut de ce bonheur parfait qu’habite en permanence les chiens et certains autres animaux… Pour être honnête avec vous, ce bonheur je le ressens bel et bien quand je milite pour ce dont en quoi je crois. Je le ressens quand je m’investis dans la cause animale. Quand on veut le bien, on est par définition touché par toutes les causes morales appelant à l’altruisme et à l’empathie. Mais quand on fouille un peu plus en soi, on comprends qu’il y a des domaines où l’on se sent prêt à faire un peu plus que le minimum. C’est ce qu’éveille en moi, entre autre, « La Ferme des rescapés ».

La cause animale est une cause ingrate, parce qu’il faut toujours la justifier, expliquer pourquoi on fait pas la même chose pour les migrants, les SDF, les enfants qui meurent de faim… C’est frustrant de se dire que si tout le monde faisait son possible, juste FAISAIT, sans regarder et critiquer ce que fait le voisin, on évoluerait ensemble beaucoup plus vite. Donc faisons ça !

 

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Ma nouvelle vie sans les réseaux sociaux. Ou presque.

Cher blournal,

Tout d’abord merci. J’étais morte de trouille de vous écrire la dernière fois, j’avais peur d’avoir publié quelque chose d’inutile et pollué l’Internet plus qu’il ne l’est déjà. Vos retours m’ont démontré qu’un sujet trouve toujours ses lecteurs comme un pot trouve toujours son couvercle, j’en suis d’autant plus heureuse que vous êtes un couvercle particulièrement sympathique.

Je tente un deuxième texte, je ne sais pas quand je le publierai. Tout ce que je sais c’est qu’à l’heure où je le commence, nous sommes le week-end de Noël. Je suis chez ma mère qui se trouve en plein déménagement et de ce fait… Je n’ai pas Internet !

Ce qui aurait été pour moi un drame il y a encore quelques semaines est aujourd’hui sans importance car, depuis le 15 novembre, je ne vais plus sur les réseaux sociaux que quinze minutes par jour et n’utilise Internet que pour me documenter. unknownPour vous donner une idée, en septembre, avec l’application « Moment » (Dont l’utilité est de nous désintoxiquer du smartphone, je la recommande), j’avais pu mesurer que je passais en moyenne trois à quatre heures par jour sur les réseaux sociaux, aujourd’hui j’ai donc divisé ce temps par seize.

Rompre avec Facebook et Twitter, les supprimer de mon smartphone, était une décision que j’avais prise depuis longtemps mais je ne savais pas comment je pouvais rendre cela possible techniquement : il s’agit de plateformes dont j’ai besoin pour partager mon travail et échanger avec mes couvercles. Oui, mes couvercles. Je ne me drogue pas, c’est une référence à la métaphore du début.

Alors j’ai proposé à une de mes amies proches qui a de multiples compétences dans les domaines de la communication et de l’Internet de gérer mes comptes Facebook et Twitter et de ne m’en transmettre que le meilleur. Cela me permet depuis un mois et demi de ne lire que les choses gentilles, et parfois d’y répondre, chaque soir dans un temps donné sans avoir à être esclave toute la journée de notifications en pagaille.

Il serait trop long et assez inintéressant de vous expliquer le cheminement complexe qui m’a amenée à engager quelqu’un pour s’occuper à ma place de mes réseaux sociaux. Je voudrais juste vous lister les bienfaits que j’y trouve à ce jour et mes premières conclusions sur la plus belle rupture de toute ma vie.

1) J’ai retrouvé ma concentration.

Twitter et Facebook sont de petits animaux capricieux et narcissiques qui ont toujours besoin qu’on les regarde. Parfois ils me faisaient même croire que, si je ne les regardais pas, j’allais passer à côté de quelque chose d’essentiel, m’exclure de l’humanité. Alors toutes les quinze ou vingt minutes, j’y jetais un œil. Les likes, retweet ou commentaires provoquaient un agréable stimulus, je les piochais dans mon Iphone comme des chips dans un paquet de Pringles qui ne s’épuise jamais, et ce sans pouvoir m’arrêter. J’étais accro.
Du jour où j’ai enlevé Facebook et Twitter de mon smartphone en décidant parallèlement de n’y passer que quinze à vingt minutes quotidiennes maximum sur mon ordinateur, il m’a fallu soixante douze heures de détoxication. Trois jours entiers d’irritabilité, de mauvais sommeil et de pics d’angoisse à me demander des choses aussi bêtes que « Mais si untel me parle sur Twitter et que je ne lui réponds pas immédiatement, le pauvre il va mal le prendre ! ». Ou : « Et si ma dernière chronique suscite un gros bad buzz à cause d’une maladresse à laquelle je n’ai pas fait attention et que je laisse la chose gangréner plusieurs heures durant ce sera la catastrophe ! ». Et puis mon cerveau réclamait sa drogue : le flux d’échanges sociaux sur le web, ses caresses rassurantes d’approbation populaire (Autrement appelées « likes »), il me fallait ma cyber meute.

J’ai tenu bon. Et puis mon amie s’occupant désormais de mes pages ne pouvait pas être plus claire : « Christine, si il y a le moindre souci, je t’appelle dans la seconde ». En un mois et demi, il n’y a eu AUCUN soucis. Tout cela avait dans ma tête bien plus d’importance que cela n’en a vraiment.

Depuis un mois, je n’ai plus du tout le même cerveau. Je peux écrire trois heures durant sans entendre Twitter et Facebook pleurnicher pour que je vienne m’occuper d’eux, regarder un film sans être tentée d’appuyer sur pause au cas où il se passerait quelque chose sur mon fil d’actualité.unknown-1

Les connexions comiques se font plus facilement, j’écris mes chronique plus rapidement, j’ai moins de mal à m’y mettre. Moi qui ai l’habitude de lire une heure par jour, je réalise que sans mes « coupures web », j’ai le temps de lire deux fois plus de choses, j’engrange plus de savoir. Et plus jamais en lisant je ne me mets à penser à autre chose ce qui était souvent le cas avant.

Depuis que je ne sors plus mon téléphone toutes les dix minutes, j’ai plus d’intuition aussi, je suis mieux ancrée dans le moment présent. Mon regard sur le monde n’est plus fait de mille et une voix qui dans ma tête se coupent la parole. J’arrive à rassembler tous les messages, à en faire quelque chose, à me dire distinctement par exemple : mon interlocuteur est stressé, je suis encore contrariée d’une chose qui s’est passée hier, je crois qu’il va pleuvoir, si je veux faire rire avec ce thème je dois faire un parallèle avec tel autre thème… Tout cela est clair quand avant je devais négocier en permanence avec un brouhaha interne qui me faisait perdre beaucoup de temps.

Je suis triste, profondément triste, de me dire que cette concentration j’aurais pu la retrouver il y a bien longtemps. Je n’ose même pas penser à tous les textes que j’aurais pu écrire, toutes les idées qui auraient pu me venir et qui ne viendront plus jamais tout cela parce que j’ai laissé les réseaux sociaux coloniser mon cerveau…

2) Je ne veux plus mettre mon énergie dans du « rien »

Le moine bouddhiste Matthieu Ricard a participé il y a quelque temps à une expérience fabuleuse : on lui a demandé de méditer sous IRM ou encore avec des capteurs sur la tête (Petite photo ci-dessous). 1152448_la_meditation_validee_-1728x800_c

Dans une interview, il explique avoir médité plusieurs centaines d’heures sous le regard infra-rouge de chercheurs américains qui ont pu faire ce constat troublant : si l’on entraine son cerveau pour la compassion (Ce que faisait Matthieu Ricard pendant sa méditation), celui-ci va alors fabriquer de la place quelque part dans la tête pour plus de compassion et va en enlever à d’autres automatismes contraire comme la rancoeur ou la jalousie. En d’autres termes, les sentiments, les habitudes, les schémas de pensée, sont comme des muscles : plus on en fait, plus le corps fera en sorte de savoir le faire bien et y consacrera de l’espace dans le cerveau.

Depuis toutes ces années passées sur les réseaux sociaux, j’avais entrainé mon cerveau à plusieurs choses : tout raconter, tout transformer en phrases de 140 caractères, tout photographier, tout partager. Au final j’étais la journaliste de ma propre vie, à toujours me demander ce qui allait faire rire ou parler à mes abonnés.

Une fois que la chose était postée, je m’appliquais au suivi, répondais à tout le monde, essayais de faire des vannes sur les vannes. Si quelqu’un disait une chose n’allant pas dans mon sens, alors je débattais jusqu’à plus soif. Quand quelqu’un disait une chose gentille, je n’en pouvais plus de dire merci. Et quand je refermais mon ordinateur, une heure s’était passé, parfois plus, j’avais alimenté du « rien ».

Une énergie folle avait été dépensée au détriment de tout ce qu’en parallèle je peux créer de concret, de durable et de plus abouti : mes chroniques, ce troisième livre que je commence mais ne finis jamais, un scénario de film, un blournal, une nouvelle recette végane que je pourrais apprendre…

J’aimerais entrainer mon cerveau à beaucoup de choses : à écrire mieux, créer des sketchs ou des chroniques plus efficaces, parler anglais, comprendre d’avantage le monde qui m’entoure… Mais je ne veux plus l’entrainer à fabriquer du contenu pour les réseaux sociaux.

3) En plus, on croit partager mais que partage-t-on vraiment ?

L’autre jour Europe 1 organisait une délocalisation à Lyon à l’occasion de la fête des lumières. Avec toute l’équipe du Grand Direct des Médias, après l’enregistrement de notre émission, on s’est dit que ce serait chouette d’aller faire un tour de grande roue sur la place Bellecour. Une fois tout là haut, le vent sifflait dans nos oreilles, on n’entendait plus du tout la circulation. On voyait toute la ville s’étendre sous nos Converses avec ce sentiment mélangé d’être à la fois 1) Les maitres du monde 2) En danger de mort.

Soucieux de partager ce moment avec son réseaux, l’un d’entre nous qui n’avait pas le vertige a photographié et filmé tout ce qu’il a pu pour de retour en bas faire ce décevant constat en regardant ses images : « Ho non ! Ça rend rien, ni en vidéo ni en photo ! ».

Là haut nous avions vécu un moment intense d’altitude et de fragilité. Le silence, l’odeur de l’air non pollué, la peur que l’on dissimulait derrière nos plaisanteries, le froid… Comment le transmettre fidèlement sur les réseaux sociaux ? C’est impossible. Ni l’Iphone 7, ni même l’Iphone 8, ou 9 ou 24… Ne sauraient rendre tel que nous l’avons vécu un morceau de présent.

Je pense à Marcel Proust qui aura passé toute sa vie à tenter de nous transmettre les saveurs de son existence, les travers des gens qu’il a pu côtoyer, mille sensations dont il est dommage que l’on ne retienne que la unknown-2madeleine. Si il avait vécu au 21ème siècle et que toutes ces impressions ou moments avaient été partagés sur les réseaux sociaux à l’instant où ils étaient vécus, il n’aurait rien muri, réfléchi, engrangé. Et le résultat n’aurait pas été « A la recherche du temps perdu » mais « le compte Facebook de Marcel Proust ».

4) Accessoirement, c’est vraiment très agréable de ne plus se faire insulter…

Ce blournal ne serait pas très honnête si je n’abordais pas cet aspect des choses. D’autant que ma décision définitive d’engager mon amie est née d’une insulte de trop reçue sur Twitter après la diffusion d’une de mes chroniques. J’ai décidé que je n’avais pas à m’infliger ça. Les gens ont heureusement le droit de ne pas aimer mon travail. Ils ont même le droit de m’insulter, ce sont les joies de la démocratie. Mais les lire serait masochiste pour moi comme pour ma créativité.personnages-celebres-troll-face-469394

Le plus blessant est que beaucoup ne s’en prennent pas seulement à mes textes mais aussi à mon physique, à ma voix, à des détails sans importance qu’ils montent en épingle avec une violence disproportionnée. Parfois je me dis « Mais si ils adressent toute cette colère à moi qui fais juste des blagues, que doivent-ils bien adresser aux gens qui leur font vraiment du mal ? Leur curseur des choses réellement importantes n’est-il pas un peu déréglé ? Et plutôt que de m’écrire, ne peuvent-il pas juste changer de radio ou de chaîne le temps de mon intervention ?  ».

Les réseaux sociaux sont la plus jolie des planques pour ceux qui ont de la colère ou de la méchanceté à revendre et je ne veux pas de ça dans ma vie. Une autre raison, surement secondaire mais importante, de s’en aller…

5) On n’a qu’une vie

Même si Muriel Siron, l’astrologue d’Europe 1, m’assure que j’ai des vies antérieures et que dans la précédente j’étais un homme politique pas très sympa, globalement je préfère jouer la prudence en me disant qu’on a qu’une vie. Et que cette vie, on doit la vivre pour nous et pas pour les autres.

J’ai gardé mon compte Instagram, que je gère moi-même, pour me distraire mais sans y passer plus de quelques minutes par jour. Il fait office d’album souvenir, de lien avec mes proches et les artistes qui m’inspirent. Mais mon rapport à cette application a complètement changé depuis cette fameuse date du 15 novembre : avant je pensais en « Instagram ». Dès qu’une chose était jolie, je DEVAIS la partager.

En août dernier, à Hawaï, mon copain n’en pouvait plus que je ne puisse manger sans photographier mes plats ou nager avec les tortues sans déplorer « C’est trop dommage que mon portable n’ait pas de coque étanche ». Il me répondait « Qu’est-ce qui est trop dommage ? Tu nages avec des tortues à Hawaï ! C’est pas dommage, c’est un des plus beau moments de ta vie normalement ! ». Mais c’était comme si dans ma tête cela n’avait pas de valeur tant que cela ne pouvait pas être partagé avec les gens. Des gens que d’ailleurs pour la plupart je ne connais absolument pas.

Ce n’était pas vraiment du narcissisme, plutôt une habitude, un besoin de tout dire au monde. Et, là, à rien pouvoir faire de ce moment impeccable avec ces sublimes animaux des fonds marins, j’avais l’impression de foirer un truc.

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C’était cette tortue ! On l’avait appelée Marguerite !

Comme si ma vie était un magazine, que chaque jour était un reportage et que ce soir là j’allais drôlement me faire engueuler par le rédacteur en chef de n’avoir rien pu publier de cette fabuleuse tranche de vie.

Aujourd’hui j’ai mis en mode « off » cette vision instagramesque de ma vie. Je partage les choses « évidentes » : les invités d’Europe 1 pour dire aux gens qu’un nouveau podcast est en ligne, les frasques de Becky et Moustache parce qu’ils sont plus populaires que moi sur Internet et qu’eux-même m’en voudraient de les priver de leur public (Si si je vous jure). Pour le reste, je me fais quelque fois un peu violence pour ne pas retomber dans de vieux travers, parfois je craque et publie un moment dont le monde n’a pas besoin mais, globalement, je sens bien que j’ai comme guéri d’une maladie. Que ma vie, je ne dois la vivre que pour moi en priorité et que c’était me faire bien du mal que de penser sans arrêt à un public qui, il faut l’avouer, en plus, s’en fout un peu.

Virginia Woolf écrivait qu’un moment n’est jamais entier tant qu’on y a pas rajouté une couche de temps, un recul. Ainsi, par exemple, des moments innocents passés avec ma grand-mère révèlent aujourd’hui toute leur intensité et leur importance dix ans après, maintenant qu’elle n’est plus là. Où alors je vais repenser à des souvenirs d’école, à une conversation eue il y a six mois et mesurer autre chose, trouver un sens caché que je ne pouvais déceler au moment précis ou je le vivais.

Et du coup je me dis : que me restera-t-il plus tard de tous ces moments si je ne les ai vécus qu’à travers un Iphone ?

6) Les réseaux sociaux bloquent notre processus de développement personnel

Nietzsche le disait mieux que je ne pourrais jamais le dire, on est tous faits pour quelque chose « par delà le bien et le mal » et on doit tous être libre de se diriger vers cette chose sans qu’un asservissement extérieur ne nous en empêche ou dissuade (Des parents trop autoritaires, un travail éreintant, une société basée sur les apparences…). designklein-1022576Comme la plante est destinée à s’élever vers le soleil, nous avons tous en nous une quête : celle d’être en phase avec nous même, de trouver comment nous pouvons être au maximum de nos capacités d’humain, créer, fonder une famille, ou pas, monter une société, inventer des concepts, voyager, planter des bégonias… La liste est infinie mais il s’agit comme Jacques Attali le dit dans son livre « Devenir soi » de « Prendre conscience que sa vie est unique, que nul n’est condamné à la médiocrité, que chacun a des dons spécifiques » .

Certains parlent de destin, d’autres de vocation, de mission… Mais on a tous un point commun : on a envie de se lever le matin et d’être heureux. Et pour ça il faut passer par plein d’étapes : des expériences, des rencontres, des épreuves, des déclics, des remises en questions…

J’imagine que vous aussi, quand vous pensez à où vous étiez il y a dix ans et à où vous êtes maintenant, vous vous dites : whoua, j’ai fait tout ça ! En mal ou en bien, vous avez fait du chemin, des erreurs, pris des décisions, vécu des choses fortes… Vous êtes allés à la rencontre de vous même.

Ma question : comment peut-on aller à la rencontre de soit-même lorsque l’on a le nez collé sur un rectangle lumineux à longueur de journée ? C’est lui l’asservissement extérieur ! Ce smartphone nous détourne de ce qui devrait nous interpeller le cœur en nous offrant une image erronée du monde, tout ça c’est du futile qui se fait passer pour de l’essentiel, en gros c’est un piège. On dit que l’on est connecté aux autres mais en vérité on est en premier lieu déconnecté de nous-même et de nos aspirations profondes.

En conclusion :

Les réseaux sociaux c’est super. Pour mobiliser, faire circuler les informations dont les médias ne veulent pas parce qu’elles dérangent, donner la parole à ceux qui ne l’ont pas et qui la méritent, c’est une jolie tribune, une opportunité de changer le monde. Ça c’est quand on les utilise intelligemment ce qui n’a pas toujours été mon cas, loin de là, et j’en suis pleine de regrets.

Peut-être que ce texte ne vous a pas parlé, peut-être ne vous sentez vous pas concerné. Mais je l’ai écrit quand même car j’aurais bien aimé le lire il y a quelques années, avant de perdre tout ce temps à brasser du « rien », à ne pas vivre mon présent.

Cet Iphone était un petit enfant vampirisant et mon cerveau n’en pouvait plus jusqu’à me suggérer timidement une légère nausée lorsque pour la énième fois dans la journée j’ouvrais une de ces applications magiques, laquelle allait m’informer ici du dernier buzz, là du nombre de like généré par une de mes photos. Ce flux continu d’anecdotique se faisant passer pour de l’essentiel, avait raison de mes journées, de mon temps, de mon inspiration et, par extension, de mes rêves. Je le savais comme un fumeur sait qu’il nourrit possiblement un cancer et scande qu’il faut bien mourir de quelque chose. A ceci près que mon excuse à moi était qu’il faut vivre avec son temps.

Je continuerai d’utiliser les réseaux sociaux pour partager mon travail, une pensée ici et là et bien sûr mes engagements auprès de divers associations. Sans doute continuerai-je aussi de survoler les fils d’actualités des gens que j’aime, enfin évidemment j’irai de mon Instagram de temps en temps, par hédonisme. Mais plus jamais plus de vingt minutes par jour en tout. Le prix à payer en retour est trop grand…

Et si maintenant je dois sortir mon Iphone, ce sera pour une faire une chose à laquelle il sert aussi avant tout mais j’avais oublié : téléphoner.

 

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Dix pistes pour dresser sa créativité, la 8 ème ne va pas du tout vous étonner.

Cher blournal,

Jai mis du temps à t’écrire parce que j’étais morte de trouille. A chaque fois que j’avais une idée de sujet, je me demandais : « Est-ce vraiment indispensable au monde ? ». Et puis j’ai réalisé que si je me disais ça à chaque fois que je devais écrire un truc pour la radio ou la télé… Tout simplement je ne ferais plus rien, je ne gagnerais plus ma vie et il faudrait que je retourne vivre chez ma mère.

Du coup j’ai décidé d’aborder un sujet que je connais bien pour être obligée de faire avec tous les jours : la créativité.

Pendant longtemps, cette créativité, je l’ai très mal comprise. Je me sentais tributaire d’une force magique qui allait me donner une idée de temps en temps et cela me faisait me sentir très vulnérable vis à vis de mes impératifs professionnels. Mais un jour, face à une grosse surcharge de travail, j’ai du me mettre à penser autrement pour gagner en productivité les jours où mon cerveau me disait « Christine t’es bien sympa, je t’aime beaucoup, mais là j’ai plus d’idées, je crains qu’il ne faille repenser ton avenir, je suggère un BTS Tourisme ou pourquoi pas une licence de philo mais moi je démissionne du domaine de la blague, c’est trop. Allez salut ! ».

Dans ces moments là, où trouver de l’inspiration quand même ? C’est ce que je cherche à élucider, voici ici mes premières hypothèses.

Tout ce que je vais vous dire est né de mon expérience et de mes lectures, j’y trouve personnellement des outils. Cela n’engage que moi mais, à la fois, j’ai très envie d’en discuter avec vous… Du coup je trouvais ça plutôt chouette comme premier sujet pour ce blounarl.

Tout d’abord pourquoi ce mot « dressage », tout simplement parce que je vois vraiment la créativité comme un animal sauvage dont il suffit de comprendre le fonctionnement pour en obtenir ce que l’on veut. (Petite précision : dans la vraie vie je suis contre le dressage des animaux sauvages et je peux vous dire que la comparaison me coûte. Mais je n’en voyais pas d’autres ;))

J’ai lu bien évidement le fabuleux ouvrage d’Elizabeth Gilbert (« Comme par m454333agie ») qui, elle, voit la créativité comme une muse ou un petit lutin qui va et qui vient. Et bien moi je pense que ce petit lutin on peut le capturer, le mettre dans une cage et obtenir de lui bien plus qu’on ne le croit. Par contre, entendons nous bien sur le fait que ce petit lutin n’existe pas. Si je ne veux pas faire de mal aux animaux, je ne veux bien sur pas faire de mal aux lutins, c’est une métaphore pour dire que la créativité peut bien plus se maîtriser que ce que l’on ne pense. Encore une fois : je ne crois pas que la créativité soit une chose magique que la chance attribue aux uns et pas aux autres.

 

1) Morceler le travail

Cela peut paraître complètement idiot comme conseil mais c’est une notion que j’ai mis du temps à intégrer et qui a changé ma vie d’auteur. Avant d’être humoriste, j’étais journaliste en presse locale. C’est un métier où l’on va vite : interview à 11h, papier écrit à 18h et publié le lendemain. Je n’avais pas le temps de mûrir mes sujets, de laisser du temps passer dessus.

Quand j’ai commencé à écrire des sketchs et des chroniques, j’ai gardé sans réfléchir cette habitude de « faire en une fois ». Et si un texte était à rendre le mardi, j’y passais mon lundi (Parfois même juste mon lundi soir) souvent stressée, à cours d’idées et me persuadant que « Non mais moi tu comprends, je ne suis efficace que quand je fais les trucs à la dernière minute ».

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J’entends que d’être pressée peut provoquer une adrénaline salvatrice parfois, née d’une sorte d’instinct de survie artistique, mais il ne peut pas être un mode de vie sain pour qui doit fournir beaucoup de travail tous les jours.

Quand vous faites les choses en une fois, par définition vous n’offrez pas à votre cerveau la possibilité de vous fournir un recul. Recul qui vous permettrait pourtant d’avoir un précieux regard neuf sur votre propre travail. D’un jour à l’autre vous n’êtes pas tout à fait la même personne et une chose crée avec l’énergie du lundi pourra être sublimée par l’énergie et l’inspiration du mercredi puis du jeudi. Se dire « Je fais ça en une soirée, une séance de travail, un après-midi… » c’est se priver des connexions que pourra vous offrir un cerveau qui a dormi sur son travail, qui a digéré ce qui a déjà été fait.

Mon cauchemars à Europe 1, c’est quand on me change de sujet de chronique la veille pour le lendemain. Je pense pouvoir affirmer qu’il s’agit là de mes pires textes, tout ce que j’ai à proposer n’est alors qu’une V1 sans relief et sans surprise. Des premiers jets qui n’auraient demandé qu’à mûrir un peu plus pour offrir un résultat beaucoup plus efficace.

De surcroît, quand on décide de faire les choses en plusieurs fois, on est beaucoup moins dur avec soit-même. On se dit « C’est pas grave si aujourd’hui je suis à côté de la plaque, il me reste encore demain et après demain pour y travailler… » alors on lâche prise, on se met moins de pression et, paradoxalement, on gagne en efficacité.

 

2) Ingérer de la matière première

Encore une fois ça peut paraître très bête comme conseil mais je le donne car moi-même il m’arrive d’oublier que rien ne s’invente mais que tout se transforme.

Chaque création est la production d’un vécu. Sortent de nous des textes, des peintures, des concepts, des idées… Qui sont les fruits de ce dont on s’est nourrit les jours, les semaines ou les années passées. Et la culture, c’est comme la diététique : si on avale n’importe quoi, on se crée des carences qui entraînent une fatigue. De la même façon, on fatiguera notre créativité si on ne lui donne rien de nutritif.

On va parfois parler « d’influences » lorsqu’il s’agit d’un art qui a nourri le notre mais une relation amoureuse, un accident, une conversation anodine font aussi partie de ce que l’inconscient ingère pour nous aider ensuite à créer. Et il ne faut pas que du drôle pour créer du drôle ou du musical pour créer du musical. Car les ingrédients une fois ingérés sont transformés de façon complètement aléatoires et ne resteront pas forcément dans les domaines où nous les avons trouvés.

Avant, je pensais que je pouvais maîtriser ce processus de transformation. Alors je dévorais à la pelle des spectacles ou des chroniques de gens que j’admire et me disais « Voilà, c’est par là que je veux aller, essayons de faire du ça mais en Christine ». J’ai compris il y a quelque temps que ce n’est pas vraiment comme cela que ça se passe.

xvmc0167212-19a9-11e5-8467-f08c778c772f-805x453Une idée créative est comme les rêves que nous faisons la nuit : c’est le résultat aléatoire de l’inconscient. Ce résultat bien sur sera sublimé par le savoir faire et l’expérience mais à la base on a pas choisi l’idée, techniquement c’est l’idée qui est née d’éléments qu’on avait engrangés dans un coin de notre tête motivée par l’énergie du moment. Ainsi certains diront qu’ils créent mieux quand ils sont au désespoir, d’autres quand ils sont heureux, je dirais qu’on ne crée tout simplement pas la même chose.

Du coup mon conseil ici, c’est d’engranger un maximum de choses dans son cerveau afin de lui offrir un maximum de possibilités pour plus tard. Un jour on peut se dire « J’ai regardé ce film, il était nul, ça m’a servi à rien » mais en fait on ne sait pas du tout ce que le cerveau en a retenu et nous ne sommes jamais à l’abri qu’un ingrédient utile pour plus tard n’ait pas été ingéré.

Le processus de transformation est très complexe et heureusement sinon on ne parlerait pas ici de création mais de la copie. Ce qui sort de nous doit être un résultat unique et original, sinon on ferait tous la même chose. Le truc c’est juste qu’il faut admettre qu’on ne fait rien sans rien et que l’inconscient créatif a besoin de matériaux pour vous proposer son œuvre à lui. Et ne pas s’ouvrir au monde est la pire des erreurs pour qui veut créer le sien.

 

3) Aller voir ailleurs si on y est

C’est un conseil qui va de pair avec le précédent. Régulièrement j’essaye d’ingérer quelque chose que mes goûts n’auraient d’ordinaire pas du tout choisi : un article sur la bourse, une expo d’art contemporain, un livre oublié au fond du Relay de la Gare Montparnasse. Je sélectionne un podcast sur Itunes en fermant les yeux, je demande au vendeur de la Fnac de me conseiller ce qu’il veut. Et j’appelle vraiment ça « Aller voir ailleurs si j’y suis ». Parce que peut-être que dans des endroits ou des oeuvres auxquels je ne pense pas spontanément, il peut se trouver des fragments de culture dont ma créativité pourrait avoir besoin un jour.

Si je n’écoutais que mes goûts, je tournerais en rond, ma vie culturelle ne serait pas très diversifiée. Et sans nouveauté…. Pas de connexions nouvelles. il_fullxfull-391683806_fj2y
Fatalement je me dirigerais toujours vers les mêmes choses et ce serait contre-productif. En ouvrant des portes à l’opposé de ce qui m’intéresse en temps normal, je fais rentrer dans ma tête du frais, du désordre, du chaos. Et c’est dans ce chaos que naîtront de quoi me surprendre moi-même.

Le coach américain Anthony Robbins en a fait un de ses principaux conseils pour qui cherche des solutions à ses problèmes : le cerveau fait avec ce qu’on lui propose, il cherche des solutions dans ce qu’il connaît déjà. Plus vous offrez à votre cerveau de matières, de possibilités, d’univers… Plus il sera en mesure le jour venu de vous concocter une solution bien à lui et donc bien à vous. Cela marche quand on cherche à créer des solutions et ça marche quand on cherche à créer tout court.

 

4) S’alléger des contraintes

Je vais peut-être arrêter d’écrire « ça peut paraître bête mais… » à chaque début de paragraphe, c’est juste que j’ai le sentiment que chacun de mes pavés peut paraître isolément idiot. Et pourtant, il s’agit là de notions que j’ai pour ma part eu du mal à intégrer, j’aurais bien aimé qu’on m’en parle quand j’ai commencé à écrire. Par exemple : j’ai pris conscience il y a peu de l’énergie galvanisante que suscitait la corvée faite. Poster une lettre à EDF, aller faire vacciner le chat, trier ses papiers… o-washing-dishes-vintage-facebookMe sentir allégée d’une de ces contraintes va produire une joie très saine qui est, je l’ai remarquée pour ma part, très propice à la création.

Et si en revenant du dentiste ou du jardin que je viens de désherber je pense à une de mes chroniques en cours, spontanément mon cerveau va me proposer plus de pistes comiques qu’à la normale. Est-ce parce que fière d’avoir fait quelque chose j’ai davantage confiance en moi ? Est-ce l’inconscient qui a mis en place un système de « récompense » pour que je ne mène pas une vie de dépravation à force d’éviter toutes ces corvées qui me paraissent si désagréables ? Je ne sais pas. En fait je sais juste qu’à ce jour je dois beaucoup à « l’énergie de la corvée faite ».

 

5) Toujours se trouver dans un processus de compréhension personnelle

On traîne tous, avec plus ou moins de gravité, des bagages dont on se passerait bien. Et ces bagages créent des croyances lesquelles influent sur nos décisions sans que l’on s’en rende toujours compte : le choix de notre partenaire, de notre métier, de nos amis, de nos valeurs, de nos loisirs.

Avec ma meilleure amie, c’est notre jeu préféré depuis le lycée : essayer de comprendre pourquoi ce comportement et pas un autre, si les décisions que l’on prend sont vraiment les plus judicieuses. On analyse les tenants et les aboutissants et, connaissant nos histoires respectives, on fait des rapprochements avec des choses passées. Ce sont des heures et des heures passées à essayer de percer les mystères de nos automatismes, heures auxquelles se sont greffés les conférences de Michel Onfray, les livres de Jung, Lacan et quelques inévitables séances de psys.

Cette analyse m’a permis de savoir de quoi j’étais faite et aujourd’hui cela me permets d’être lucide quant au pourquoi de certains de mes comportements.

On connaît tous le « Connais toi toi même » de Socrate, et bien je dirais que créer sans se connaître équivaut à conduire une fusée sans même avoir le permis B. La pensée est un bolide : elle va vite, dans tous les sens, elle peut nous mener où on veut. Mais si on ne sait pas à quoi correspond telle ou telle manette ni comment lire notre GPS, cela peut être contre-productif et dangereux.

Je repense à mes débuts : j’étais tellement peu sure de moi que je ne plaçais pas mes priorités artistiques au bon endroit, je ne savais même pas ce que je voulais dire. Evidemment, cela avait des répercussions sur ma créativité qui ne comprenait pas du tout ce que je lui demandais.

Forcément, étant un être humain, je résous des choses mais je fabrique régulièrement de nouvelles failles et lacunes. rodin-le_penseur-strasbourgC’est ça aussi vivre. Alors avec ma meilleure amie, inlassablement on démêle la pelote : Que s’est-il passé ? Pourquoi j’y attache de l’importance ? Qu’est que j’en fais maintenant ? J’apaise ma colère et ma frustration en essayant de comprendre parce que sinon, inconsciemment j’essaierai d’évacuer ces sentiments négatifs, sans qu’ils aient été digérés ou mûris, dans mes chroniques ou mes sketchs. Et pas sûr que ça intéresse vraiment les spectateurs, auditeurs ou téléspectateur qui, eux, ne sont pas mes psychanalystes.

En revanche, si je parviens à comprendre et à prendre du recul, c’est autant de clarifié pour l’inconscient qui ne brouillera pas la créativité avec des non-dits / non-compris / non-digérés. Le trauma étant résolu, il n’est plus un filtre déformant mais bien un nutriment de plus, une inspiration, pour créer.

Bien sur, combien de chef d’oeuvres ne sont pas nés d’une colère sans recul comme Le « J’accuse » de Zola ou la période vache de Magritte ? Ou encore combien de chansons d’amour ne sont pas nées d’un affreux chagrin ?

Pour ma part, je trouve qu’il y a des sentiments à sublimer à travers la création et des sentiments à digérer avant la création. Et que le mieux pour savoir quoi faire avec quoi… C’est de se connaître soit même.

 

6) Se couper des écrans

On en a parlé plus haut : le cerveau fait avec les outils qu’on lui propose. Et le problème quand on a le nez constamment plongé dans les réseaux sociaux, c’est qu’on se met à dire à notre cerveau que la vie c’est ça : des échanges de morceaux d’instants avec des gens que l’on connaît (Ou pas d’ailleurs) et que l’on congratule par des « likes » ou des « retweets ». Du coup, le cerveau va intégrer que c’est avant tout « ça » le monde dans lequel il vit et se dit « Ha ok, c’est comme cela qu’il faut faire, très bien » et portera lui aussi son attention sur le partage d’instants, de moments, de photos de nos pieds au bord de piscines et de selfies à n’en plus finir. Il fera lui aussi dans l’éphémère et le paraître plutôt que de nous accompagner dans la création d’une œuvre plus grande ou plus en phase avec ce que nous sommes vraiment.

En vous parlant de ça j’ai l’impression d’être une droguée qui donne des leçons de sevrage. Mais tandis que j’écris ce blournal j’expérimente depuis quelques jours une chose complètement nouvelle pour moi : j’ai engagé quelqu’un pour gérer mes réseaux sociaux à ma place. snow-monkeyDepuis une petite semaine je ne vais plus ni sur Facebook ni sur Twitter et je pense que ce sera le sujet de mon prochain blournal.

Je n’ai pas eu le choix : mon smartphone me prenait toute ma concentration. Impossible de passer plus de 20 minutes sur un texte sans jeter un coup d’oeil à comment se portait mon dernier tweet ou si quelqu’un avait commenté ma dernière chronique. Je me sentais tout le temps interpellée, comme si un petit farfadet venait sans arrêt agiter des paillettes sous mes yeux pour m’empêcher de focaliser mon intention sur des choses vraiment importantes. Pour les fans de Superman, je dirais que le smartphone est la kryptonite de la créativité, vous voyez ce que je veux dire ? C’est un sacré combat que j’ai commencé à mener et j’espère tenir.

En ces premiers jours de détox, le bilan est plutôt positif. La preuve : j’ai écrit mon premier blournal !!!!

 

7 ) Canaliser le flux de pensées

Nous créons 60.000 pensées par jour ! Il transite presque autant au quotidien de choses dans notre tête que de passagers à la Gare de l’Est.

Certaines pensées restent et s’installent durablement, d’autres ne font que passer. Il y a en qui mériteraient de rester mais faute d’attention on les laisse s’échapper. Tandis que d’autres pensées nous collent aux basques des jours durant alors qu’on ne demanderait qu’une chose : qu’elles s’en aillent.

Quand j’ai commencé le yoga, j’étais très en colère contre moi-même de ne pas savoir faire « le vide ». Que ce soit en faisant le Lotus ou le Dieu du vent, il y avait toujours un détail de ma vie passée ou présente pour se faire le grain de sable de ma méditation. Et puis un jour ma prof de Yoga (Julie Platus) nous a expliqué que ces pensées ne venaient pas par hasard, qu’elles faisaient même partie de l’exercice. Selon elle, plutôt que de se dire « je voudrais m’en débarrasser elles dérangent ma méditation », il fallait se demander « Pourquoi cette pensée intervient pile au moment où j’ai demandé à mon cerveau de me laisser tranquille ? ».

L’année dernière j’ai eu un problème de mâchoire. Elle se bloquait violemment quand je m’y attendais le moins et ça faisait vraiment de ma vie un enfer. J’ai vu un médecin qui m’a dit qu’aller voir un dentiste qui m’a dit d’arrêter le chewing-gum. Mais ça a continué. J’ai vu un autre médecin qui m’a dit d’aller voir un autre dentiste qui lui a carrément voulu m’arracher une dent saine ce que j’ai refusé. A bout de solution, sans y croire je suis allée chez un ostéopathe et, pendant qu’il me manipulait la mâchoire je me suis mise à penser à quelqu’un de mon entourage qui n’a jamais été très tendre avec moi. Plus le praticien manipulait mes articulations, plus il me venait des souvenirs très précis de phrases qui m’avait blessée.

Ce soir là, j’ai écrit un mail à cette personne pour lui expliquer que certaines de ses attitudes me peinaient, sa réponse m’a confortée à la sortir de ma vie. De ce jour plus jamais ma mâchoire ne s’est bloquée.

De là j’ai compris deux choses : 1) Les pensées ne sont jamais anodines, elles sont le principal moyen pour l’inconscient de communiquer avec moi. Et mon inconscient est très fort pour choisir son moment pour intervenir : la méditation, le moment juste avant de s’endormir, le sport… 2) Tant que je ne prends pas le temps de dire à mon inconscient « Oui, j’ai bien compris que tu voulais me dire ça » il me radotera toujours la même chose et n’hésitera pas à employer la force (Ma mâchoire en a fait les frais).

Le soucis de ce flot inconscient ou conscient de pensées c’est qu’il parasite la créativité. En attirant sans cesse mon attention sur certaines choses, l’esprit m’empêche de m’élever vers du chouette, du différent, du frais. Du coup je mets en pratique une technique vieille comme le monde pour me débarrasser des pensées en trop : je les mets par écrit. J’ai le sentiment qu’en écrivant ce qui m’encombre la tête je dis à mon inconscient « J’ai bien compris que tu voulais attacher de l’importance à ça pour une raison que nous découvrirons, tu peux le sortir du flux de pensées car maintenant ça existe sur du papier ».ways-too
Et ça marche, la chose existe concrètement par écrit, je l’ai sorti de ma tête dans tous les sens du terme et c’est autant de place de gagner dans ma tête pour des choses saines et la créativité en fait partie.

Autre chose qui vole la place de la créativité dans notre tête : les choses à faire. Ce n’est pas un hasard si on parle beaucoup de « To do list », on vit dans une société à l’administration kafkaïenne où les obligations et les responsabilités à tenir sont omniprésentes. Jusqu’aux « must have » des magazines qui, vous vous rendez-compte, nous imposent des choses à posséder !

Et tant que la chose n’est pas faite ou résolue, elle rôde dans notre tête comme un petit vampire suceur d’énergie. J’ai parlé plus haut du bonheur de la chose faite, avant cela il y a le bonheur de la chose notée sur un bout de papier. On acte que c’est à faire ou à régler, plus besoin d’obliger l’esprit à s’en rappeler, c’est toujours ça d’espace de gagner pour la pensée créative.

 

8) S’y mettre

Peut-être que depuis le début de ce blournal vous vous dites : elle est bien sympa mais si elle arrive tant que ça à dresser sa créativité, alors pourquoi n’a-t-elle pas déjà publié dix best seller ?

C’est très simple : 90 % du temps, je n’arrive pas à m’y mettre. Face à la tâche, mon cerveau met en place un processus d’évitement par peur de ne pas savoir faire. Il m’est très difficile de commencer à écrire une chronique, à chaque fois je me dis que je ne vais pas avoir d’idées et que je vais passer un moment très désagréable à sonder l’immensité de mon manque d’inspiration.

Le premier point (Morceler le travail) m’aide beaucoup car je commence maintenant en me disant « Si je n’arrive pas aujourd’hui, j’arriverai demain ou après-demain. Allons-y doucement aujourd’hui ». Mais même si j’arrive à honorer mes obligations pour la radio ou la télé (Soyons honnête, par peur d’être virée tout simplement ;)), je suis incapable de me lancer dans une œuvre plus personnelle que personne ne m’a commandée. Constatez par vous même : il m’a fallu plus d’un mois pour me lancer dans l’écriture de ce blournal !

Et pourtant, quand je commence un texte, il faut en général moins d’une demie-heure avant que je n’y prenne un véritable plaisir. J’ai donc écrit sur une feuille que j’ai accrochée au dessus de mon bureau : « Dans une demie-heure tu seras super contente ». J’essaye de me rappeler que pour déclencher le processus créatif ce n’est pas d’un lutin ou d’une petite fée dont j’ai besoin mais bien d’un petit coup de pied au c**.

 

9) Mettre son cerveau en jachère

On dit d’une terre qu’elle est en jachère quand on la laisse tranquille une saison afin qu’elle puisse retrouver sa force et sa fertilité.

Ma jachère à moi, c’est deux semaines en août, ni plus ni moins. Du coup, j’ai du apprendre à instaurer dans mon quotidien de la jachère à l’heure ou à la journée. Et pour que mon cerveau arrive vraiment à se déconnecter de sa vie professionnelle, j’ai mis au point une technique qui marche plutôt bien sur moi.

Tout a commencé quand j’ai découvert Michel Onfray, son œuvre m’a fascinée tout de suite mais je préférais l’écouter plutôt que de le lire. J’ai téléchargé ses conférences (Plus de 1000 heures !!!) mais quand je les écoutais, j’étais distraite, j’avais besoin d’occuper mes mains et ce besoin m’empêchait d’être tout à ce qu’il disait. Je me suis mise alors à faire un puzzle que j’avais et tout à coup, à faire les deux, j’ai complètement anesthésié mon cerveau.

Pourquoi ? Mon cerveau gauche (Analytique) était tout à Michel Onfray. Mon cerveau droit (Instinctif et artistique) était tout au puzzle. img_3218Hémisphère gauche et émisphère droit étant occupés,  plus rien ne pouvait rentrer dans ma tête, il m’était impossible de penser au boulot ou à mes soucis divers et variés. De véritables vacances.

Je pense que joindre une activité manuelle à une activité intellectuelle est la clef pour qui veut « se foutre la paix ». Dès que je fais une activité manuelle (Ménage, vaisselle, jardinage, peinture…) j’écoute un podcast. C’est une vraie respiration pour le cerveau, j’ai le sentiment que pour lui c’est comme une sieste. Au début avec mon puzzle et mes conférences de Michel Onfray, j’avais l’impression de perdre du temps, de m’octroyer un loisir que je ne méritais pas au lieu de travailler. Et puis le temps m’a donné raison : le retour sur investissement de ces « breaks » est considérable. Comme la terre que l’on a mise en jachère, le cerveau retrouve sa fertilité. Alors faites vous plaisir : anesthésiez votre cerveau ! (Pour le faire vous avez aussi l’alcool mais sur le long terme je ne suis pas sûre que ce soit une solution)

 

10) Revoir son rapport à l’échec

J’ai grandi, comme beaucoup d’entre nous, dans le culte de la bonne note. La bonne note, ce résultat quantifiable qui permettait d’affirmer « Oui, j’ai réussi. Oui, c’est bien. Oui, je suis digne d’être félicitée ». Et puis comme métier j’ai choisi l’humour. Alors la bonne note, c’est devenu le rire des autres. Pas de rire signifiait un échec, une mauvaise note.

Pendant des années j’ai sacralisé tous mes échecs et leur ai attaché bien plus d’importance qu’à mes succès. Et j’entendais par « échec » que j’avais commis une faute. Comme au temps des mauvaises notes je me disais : je n’ai pas assez bien travaillé, je suis nulle, je n’ai pas été à la hauteur de ce que l’on attendait de moi. Et puis je me suis mise à écrire et à créer non pas avec l’envie de dire quelque chose ni de faire rire avec ce qui m’amuse moi mais bien avec la peur d’avoir une mauvaise note. Et alors là, tout simplement, j’ai arrêté de m’amuser et j’ai perdu… En créativité.

Donc voilà le deal que j’ai passé avec moi-même : je promets de faire toujours de mon mieux et, en échange, je me pardonne tous mes échecs.

Je fais vraiment de mon mieux : je consacre tous ce que j’ai de temps et d’énergie à mes échéances (Chronique, spectacle…). Je travaille jusqu’à ce que j’estime que le résultat me convient. Et si ça rate, si mon travail ne prend pas, CE N’EST PAS GRAVE, il est hors de question de se rendre malade. Bien sur je peux essayer de voir ce qui n’a pas été: j’ai parlé trop vite, cette phrase était trop alambiquée, c’était mal joué… Comme ça je note ou est ma marge de progression pour plus tard, j’apprends. Et plus je pensais réussir, plus l’échec est formateur. Mais je ne me flagelle plus parce que ça ne sert à rien d’autre qu’à se couper les ailes et à bloquer sa créativité pour la prochaine fois.

Libérons nous une bonne fois pour toute de cette culpabilité scolaire héritée de nos parents qui eux-même l’avaient hérité de leurs parents. Car pour citer mon amie Nadia Roz : « Créer ce n’est pas exécuter un triple lutz piqué sur la glace devant un jury olympique. Créer, c’est danser en boite ».

Je voulais aussi vous parler d’instinct, de la gestion de la critique et de la dictature du bonheur mais je remarque que je suis déjà à huit pages Word. Disons que c’est peut-être assez pour cette fois, merci infiniment de m’avoir lue. Pour vous remercier, une photo de Becky, toujours très à l’aise quand il s’agit de poser :

 

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Cher blournal…

Cher blournal,

Ceci est un journal, ceci est un blog, ceci est mon blournal. Pour t’expliquer pourquoi je l’ai crée, je me suis faite interviewer par deux personnes qui me sont très proches : mes deux chats, Moustache et Becky.

L’interview du siècle

(Treeeemble Jean-Jacques Bourdin !)

C’est sur le canapé familial, que Moustache et Becky connaissent bien car il s’agit également de leur grattoir, qu’a eu lieu cette conversation sincère et profonde.

Becky Pistoriette : Comme j’ai seulement quatre mois, il y a encore des choses qui m’échappent. Un journal normalement c’est pas cette chose sur laquelle on m’a dit de faire pipi ?

Christine Berrou : Presque. Un journal c’est aussi un support sur lequel on écrit des choses qui nous tiennent à coeur. Mon journal à moi, je vais le mettre sur Internet sous forme de blog et c’est pourquoi on appellera ça un blournal.

Becky Pistoriette : Ok, je comprends. Mais par contre… C’est quoi Internet ?

Christine Berrou : C’est une invention qui permet de partager du contenu à échelle mondiale via des ordinateurs tous reliés entre eux par un réseau informatique.

Moustache Skywalker : Moi j’aime bien les ordinateurs parce qu’on m’a dit qu’ils étaient toujours accompagnés de souris. Où est la souris du tiens ? C’est juste pour savoir…

Christine Berrou : Pas de souris sur le mien, c’est un Mac. Mais tu étais censé me demander ce que je vais partager sur le blournal, s’il te plait tiens toi à ce qu’on a dit.

Moustache Skywalker : Oui pardon. Et du coup dis moi, que vas tu partager sur ton blournal ?

Christine Berrou : C’est une très bonne question, merci de me la poser. Je vais partager des choses plus personnelles. Des fois drôles et des fois pas.

Becky Pistoriette : Des choses plus personnelles ? Comme par exemple le monsieur qui vit avec nous et qui râle tout le temps parce qu’il perd ses cheveux ?

Christine Berrou : Non ça ce n’est pas personnel, c’est privé. Je pensais plutôt parler ici de l’air du temps, rebondir sur l’actualité et évoquer mes engagements vis à vis de la cause animale.

Moustache Skywalker : Quoi ? Tu as pris des engagements auprès d’autres animaux que nous ?

Christine Berrou : Oui et non. Comme tu le sais Moustache, je suis végane. Cela veut dire que je ne souhaite rien consommer qui soit issu de l’exploitation d’un être vivant. À l’heure où beaucoup de gens s’interrogent sur les droits des animaux et sur leurs propres habitudes de consommation, je voudrais partager avec les gens qui se questionnent sur le sujet certains aspects de mon quotidien. Que l’on soit d’accord ou pas d’accord, il en ressortira forcément quelque chose d’intéressant.

Moustache Skywalker : C’est vraiment super de te préoccuper des animaux mais, toi tu es humaine, pourquoi ne t’occupes-tu pas plutôt de ton espèce ? Tu n’as pas envie d’aider les humains ? Moi je sais par exemple que je préfère aider d’avantage les chats que les chiens puisque je suis un chat. Et que je hais les chiens, ils ne sont pas comme nous et je voudrais qu’ils rentrent dans leur pays.

Christine Berrou : Moustache, je t’ai déjà dis d’arrêter avec ces propos racistes qui mettent mal à l’aise tout le monde. Les chiens sont des être fabuleux comme le sont je crois tous les animaux.

Et je te répondrai que si tous les gens qui me reprochent d’avoir choisi la cause animale s’investissaient comme je m’investie dans une cause de leur propre choix plutôt que de critiquer la mienne, le monde serait beaucoup plus joli.

Becky Pistoriette : Pourquoi je n’ai que trois pattes ?

Christine Berrou : Alors ça Becky, ça n’a rien à voir avec cette interview.

Becky Pistoriette : Mais tu as dit qu’il fallait te poser des questions et moi c’est vraiment une question que je me pose. Moustache il a quatre pattes, et moi je n’en ai que trois. Pourquoi ?

Christine Berrou : Parce que quand le refuge t’a trouvée dans la rue le mois dernier, tu avais une malformation et ta patte avant droite était inutilisable. Elle te gênait tellement que tu avais commencé à te la manger tout seule alors ils ont préféré l’amputer.

Becky Pistoriette : Est-ce que c’est végane de manger sa propre patte ?

Christine Berrou : Je ne pense pas que nos propres membres deviennent véganes lorsque c’est nous qui les mangeons. Mais cela pourra peut-être faire l’objet d’un vrai débat sur ce blournal un autre jour.

Becky Pistoriette : Et on peut faire pipi sur un blournale ?

Christine Berrou : Non.

Moustache Skywalker : Tout cela est vraiment très intéressant mais j’aimerais bien sortir deux minutes, puis demander à rentrer, puis redemander à sortir pour redemander à sortir cinq minutes plus tard. C’est donc la fin de cette interview, merci à tous de nous avoir suivis et à bientôt sur ce blournal !

Propos recueillis par Becky Pistoriette et Moustache Skywalker.